Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les manga-ka de Nagoya

13 Avril 2015, 09:07am

Publié par Baiya

(pour consulter les billets du blog précédent cliquer sur le bouton ci-dessus)

Ce matin dans ma rue passait le 'bun-dan', le groupe d'enfants du voisinage qui est constituté pour se rendre à l'école ensemble. D'un petit chapeau jaune de première année s'échappaient des sanglots pitoyables qui retardaient la troupe, malgré les exhortations d'une mère, visiblement agacée par le comportement de son rejeton.

Refusait-il d'aller à l'école? avait-il eu une contrariété quelconque? les CP ont commencé leur 'carrière' scolaire la semaine dernière et après la pause du week-end, nul doute que ce n'était pas facile de se résoudre à aller s'enfermer entre 4 murs. Espérons que cela ne se changera pas en phobie scolaire.

Ce petit épisode m'a donné envie de vous présenter un jeune manga-ka de Nagoya, TANAZONO Shô-ichi, dont on parlait dans le journal samedi dernier.

Les manga-ka de Nagoya

Son premier opus est sorti en février de cette année:

学校に行けない僕と9人の先生

qu'on peut traduire ainsi:

Moi, qui ne peut pas aller à l'école et les 9 'sensei';

je garde volontairement le mot 'sensei' qu'on peut traduire par 'professeur' mais qui au Japon est un titre attribué à toute personne dont on apprend quelque chose, de l'enseignant au politicien en passant par les artistes de renom: un maître.

Les manga-ka de Nagoya

TANAZONO a aujourd'hui 32 ans et pendant 9 ans, c'est à dire toute la période de l'instruction obligatoire, il n'est pas allé à l'école, souffrant de phobie scolaire dont la raison a surgi au début de sa première année de primaire quand son professeur lui a donné une gifle! dans l'incompréhension totale de l'enfant, bien sûr.

Les manga-ka de Nagoya

Les cas de phobie scolaire ne sont pas rares au Japon avec, en 2013, un enfant sur 276 dans le primaire et un sur 37 au niveau du collège qui en souffre.

Tant qu'on est dans la période d'enseignement obligatoire, les établissements scolaires, école élémentaire puis collège, doivent rester en contact avec les parents pour s'assurer que l'enfant reçoive une forme de scolarité ainsi que pour pouvoir rendre des rapports concernant le développement de la phobie, les soins apportés etc...

Chiffres du Ministère de la culture et de l'éducation

Chiffres du Ministère de la culture et de l'éducation

TANAZONO, après cette gifle, est envahi de terreur dès le matin au réveil; des visions l'habitent d'un 'homme tout noir' qui surgit de l'ombre et s'avance droit sur lui: incapable de faire un pas de plus devant le portail de l'école, se cachant dans la salle de classe réservée à l'apprentissage de la cuisine et qui se trouvait à côté de sa propre salle de classe, détestant son état quand il le compare à celui de ses camarades qui vont à l'école.

Les manga-ka de Nagoya
Les manga-ka de Nagoya

Les 9 sensei et moi, c'est l'histoire d'un purgatoire infligé à un enfant et du parcours de cet enfant vers la découverte du dessin de manga.

Car, reclus, Shô-ichi se passionne pour Dragon Ball, oeuvre phénoménale d'un autre natif de la banlieue de Nagoya, TORIYAMA Akira.

Les manga-ka de Nagoya

Shô-ichi dessine et re-dessine les personnages de TORIYAMA.

Les manga-ka de Nagoya
Les manga-ka de Nagoya

Le tournant important de sa vie va avoir lieu quand Shô-ichi rentre en première année de collège; sa mère, un jour, lui fait rencontrer TORIYAMA-sensei!

Le jeune garçon demande au maître:

'est-ce que moi, qui ne vais pas à l'école, je pourrais devenir un manga-ka?'

Et le grand dessinateur lui répond:

'oui, tu pourrais le devenir, mais ce serait mieux si tu allais à l'école: tu pourrais ainsi dessiner ce qui t'arrives là-bas et beaucoup d'autres choses; ça te serait vraiment utile.'

Puis il examine le travail du garçon et lui fait ce compliment:

'tu as créé ton monde et ça, c'est vraiment important!'

TANAZONO Shôichi, dans ses interviews, raconte comment il s'est senti tout d'un coup très léger. S'il n'a pas réintégré l'école pour cela, après avoir reçu son diplôme de sortie du collège, il s'est inscrit dans une école spécialisée, a suivi des cours d'arts plastiques à l'université et, à l'âge de 19 ans, il a obtenu un prix de jeune talent délivré par un magazine de manga.

Son premier album a été publié en feuilleton sur l'internet (Web Comic Action) avant de paraître dans sa forme actuelle.

Les 9 maîtres qui ont changé sa vie,  ce sont les enseignants des établissements scolaires, les professeurs particuliers et des juku qui l'ont soutenu, sa famille.

Le 9ème était TORIYAMA Akira.

 

Et si on allait rencontrer TORIYAMA Akira sensei?

Et si on allait rencontrer TORIYAMA Akira sensei?

Commenter cet article

Sweet 24/04/2015 02:02

C'était super intéressant et ça me donne vraiment envie de lire ce manga :)
J'irai voir si on peut pas le trouver dans la librairie de ma fac je sens.... ^^
C'est bien que le journal en parle, mais l'histoire de la gifle reste un mystère : il n'a pas cherché à contacter ce premier professeur qui lui a infligé ce traumatisme enfant.... ? Et les parents n'ont pas cherché à comprendre d'où venait le problème ?

Baiya 24/04/2015 12:07

Vous lirez avec intérêt (si vous n'avez pas vu le feuilleton)
特上カバチ2

la série manga écrite par Tajima Takashi 田島隆 et Aoko Yûji 青木雄二, qui parle de problèmes de société au Japon.
en particulier l'opus no 22 raconte la maltraitance. Tajima lui-même a vu sa mère victime de violence domestique et vient d'un milieu très pauvre.

Baiya 24/04/2015 04:15

Bonjour Sweet et merci beaucoup pour votre commentaire!

vous pouvez acheter le manga sur amazon je pense.

La question de la gifle.....: si je me base sur mon expérience perso de l'école ici, et comme j'ai une fille de 28 ans donc un peu plus jeune que ce garçon, je peux dire que notre préfecture (Aichi-ken) a été longtemps très connue pour la tendance des profs à avoir recours aux châtiments corporels. C'est une époque qui a maintenant disparu au niveau du primaire au moins, mais ce genre de comportement correspond bien à l'âge du manga-ka.
Les châtiments corporels restent un gros problème au Japon avec des affaires retentissantes dans de nombreux endroits mais tout particulièrement dans le cadre du 'bu-katsu' sportif. Le judo et le baseball sont très touchés mais pas seulement.

Je ne sais pas si les parents ont cherché la nature du problème; le point important semble que cette gifle, expliquée ou pas, pour de bonnes raisons ou pas, si tant est qu'il puisse y avoir de bonnes raisons d'ailleurs, a provoqué une phobie chez l'enfant.

Toujours basé sur une expérience dans la classe d'un de mes enfants, je sais aussi qu'une fois qu'un enfant est victime de phobie scolaire, l'institution le suit avec les parents et cela jusqu'à la fin du collège si nécessaire pour qu'il n'y ait pas de redoublement, pas prévu dans le système. Donc le jeune doit se présenter de temps en temps à l'école, en classe ou pas, et les parents lui faire suivre le programme.

Si jamais vous lisez le manga, dites-nous ce que vous en avez pensé. Il y a d'autres manga-ka qui ont écrit sur les problèmes de maltraitance de l'enfant également.

Mimisan 13/04/2015 08:06

Un témoignage intéressant que celui de cet homme.

Sweet 24/04/2015 11:13

Je vous en ferai part avec grand plaisir !
J'ignorais que les châtiments corporels étaient fortement pratiqués il y a une époque. Pour ce qui est de la phobie scolaire ou des hikikomori, même si c'est de la fiction, c'est un thème qui au cinéma ou dans les séries télévisées m'intéresse fortement. D'où mon intérêt pour ce manga ! :)